Responsable éditoriale : Muriel Amide, juriste en droit du travail · Dernière mise à jour : 26 août 2026
Les chiffres sur le harcèlement au travail viennent de sources différentes — organismes publics, baromètres d’instituts privés — avec des méthodologies qui ne se comparent pas toujours terme à terme. Voici les données les plus solides et les plus récentes disponibles, avec leur source exacte à chaque fois.
Discrimination et harcèlement discriminatoire
Selon le rapport annuel d’activité 2024 du Défenseur des droits (publié en mars 2025), l’institution a reçu plus de 225 000 sollicitations en 2024, dont 140 996 réclamations et demandes d’information. Seules 5 679 réclamations concernaient une discrimination, soit 5,5 % du total — un chiffre en baisse de 15 % par rapport à 2023, que l’institution elle-même explique moins par un recul du phénomène que par un « non-recours massif » : beaucoup de victimes ne signalent pas ce qu’elles vivent. Près de la moitié de ces réclamations (47 %) concernent l’emploi, public et privé confondu.
Le 18ᵉ baromètre du Défenseur des droits et de l’Ifop sur la perception des discriminations dans l’emploi, publié en décembre 2025, va dans le même sens : 34 % des actifs déclarent avoir été confrontés à des propos ou comportements stigmatisants au travail en 2024, contre 25 % en 2016. Et 20 % déclarent avoir subi des comportements ou propos sexistes au travail, contre 14 % huit ans plus tôt.
Un baromètre du cabinet privé Qualisocial, réalisé avec Ipsos en 2022, avance qu’un salarié sur trois déclare avoir déjà été victime de harcèlement au travail au cours de sa carrière. Ce chiffre mérite d’être resitué : il s’agit d’une étude de cabinet de conseil en qualité de vie au travail, pas d’une enquête d’un organisme public.
Harcèlement sexuel et agissements sexistes
La donnée de référence, encore citée aujourd’hui par le Défenseur des droits, reste celle de son enquête avec l’Ifop de 2014 : une femme active sur cinq déclarait alors avoir été confrontée à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle. Aucune actualisation officielle strictement comparable n’a été publiée depuis.
Plus récemment, l’enquête Genese du ministère de l’Intérieur (citée par l’INRS pour l’année 2021) indique que 9,4 % des personnes en emploi déclarent avoir subi un comportement indésirable à connotation sexiste ou sexuelle au travail — les femmes étant trois fois plus concernées que les hommes.
Risques psychosociaux et burn-out
L’INRS estime le coût social du stress professionnel entre 2 et 3 milliards d’euros par an pour la France. C’est une estimation ancienne (2007), que l’institut qualifie lui-même d’« évaluation a minima », mais elle reste la référence officielle citée aujourd’hui.
Les baromètres réguliers d’instituts privés donnent une photographie plus fine, année par année. Selon la 14ᵉ vague du baromètre Empreinte Humaine/OpinionWay (terrain février-mars 2025), 45 % des salariés en France déclarent être en détresse psychologique. Trois ans plus tôt, la 9ᵉ vague du même baromètre (mars 2022) évaluait à 13 % la part de salariés en burn-out sévère, soit environ 2,5 millions de personnes.
Le baromètre RPS BDO/OpinionWay 2025 note que 6 salariés sur 10 disent avoir vécu des situations de risques psychosociaux, mais que seuls 26 % l’ont signalé à leur entreprise — quand 62 % des directions RH interrogées pensent, elles, que ces situations sont bien remontées. Un écart de perception qui recoupe ce que montrent nos pages sur comment prouver un harcèlement moral : beaucoup de salariés hésitent à signaler, faute de savoir comment le faire ou par crainte des conséquences.
Le baromètre absentéisme Malakoff Humanis/Ifop 2025 relève que 42 % des salariés ont eu au moins un arrêt maladie en 2024, dont 22 % pour des troubles psychologiques.
Et le télétravail ?
C’est le point le plus honnête à faire sur ce sujet : il n’existe pas encore de donnée officielle permettant d’isoler simplement l’impact du télétravail sur le harcèlement au travail en France. L’enquête Conditions de Travail et Risques Psychosociaux de la DARES et de l’Insee, menée de juillet 2024 à avril 2025, a intégré de nouvelles questions sur le télétravail, le harcèlement et les discriminations, avec de premiers résultats programmés à partir de 2026. En attendant des données plus fines, le cadre du cyberharcèlement et du harcèlement en télétravail doit être analysé sans lui attribuer des chiffres qui ne permettent pas encore d’en mesurer précisément la fréquence.
Pour aller plus loin
- Harcèlement moral au travail — la rubrique la plus complète du site.
- Harcèlement au travail : quelles démarches juridiques et quels recours ?
- Jurisprudence récente sur le harcèlement moral
Sources. Défenseur des droits, rapport annuel d’activité 2024 (mars 2025) et 18ᵉ baromètre avec l’Ifop sur les discriminations dans l’emploi (décembre 2025) · Défenseur des droits/Ifop, enquête sur le harcèlement sexuel au travail (2014) · INRS, citant l’enquête Genese du ministère de l’Intérieur (2021) et ses propres données sur le coût du stress professionnel · baromètre Empreinte Humaine/OpinionWay, 9ᵉ et 14ᵉ vagues (2022 et 2025) · baromètre BDO/OpinionWay sur les RPS, 10ᵉ édition (2025) · baromètre absentéisme Malakoff Humanis/Ifop (2025) · baromètre Qualisocial/Ipsos (2022) · DARES/Insee, enquête Conditions de Travail et Risques Psychosociaux (résultats attendus en 2026).
