Responsable éditoriale : Muriel Amide, juriste en droit du travail · Dernière mise à jour : 26 août 2026
Revivre une scène des semaines après qu’elle s’est produite, sursauter à la vue d’un nom dans votre boîte mail, ne plus réussir à passer devant l’immeuble de votre ancien travail : ce que vous décrivez a un nom médical précis, un syndrome de stress post-traumatique, et il est directement lié à ce que vous avez vécu.
Ce que l’OMS reconnaît
La classification internationale des maladies de l’OMS (CIM-11) définit le trouble de stress post-traumatique par trois grandes familles de symptômes, après l’exposition à un événement ou une situation de nature extrêmement menaçante ou horrible : la reviviscence — souvenirs intrusifs, cauchemars, sensation de revivre la scène ; l’évitement — des pensées, des lieux ou des personnes qui rappellent le vécu ; et une perception persistante d’une menace actuelle, qui se traduit par de l’hypervigilance ou des réactions de sursaut exagérées. Lorsque ces symptômes résultent de traumatismes répétés ou prolongés — ce qui correspond souvent à un harcèlement moral installé dans la durée plutôt qu’à un événement unique — la CIM-11 distingue un diagnostic voisin, le trouble de stress post-traumatique complexe, qui ajoute des difficultés de régulation émotionnelle, une image de soi dégradée, et des difficultés relationnelles durables.
Un diagnostic qui appartient à un professionnel de santé
Seul un médecin — généraliste, psychiatre — peut poser ce diagnostic. Vous n’avez pas à déterminer vous-même si ce que vous vivez correspond exactement à ces critères : reconnaître que quelque chose ne va pas et consulter suffit comme point de départ.
La reconnaissance en droit français
Le SSPT lié au travail peut être reconnu par deux voies distinctes. Lorsqu’il résulte d’un événement soudain et identifiable — une altercation violente, une annonce brutale, une scène précise —, la voie de l’accident du travail (article L.411-1 du Code de la sécurité sociale) s’applique : elle bénéficie d’une présomption d’imputabilité au travail, ce qui la rend plus simple à mobiliser. La Cour de cassation a confirmé cette voie pour une détresse psychologique consécutive à un événement professionnel précis (deuxième chambre civile, 9 septembre 2021, n° 19-25.418). Lorsque le trouble s’est installé progressivement, sans événement déclencheur unique — ce qui est fréquent en cas de harcèlement moral prolongé —, c’est la voie de la maladie professionnelle hors tableau (article L.461-1) qui s’applique, avec examen du dossier par un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP).
Si la détresse est là, maintenant
Un stress post-traumatique peut s’accompagner, dans les périodes les plus difficiles, de pensées suicidaires. Ces pensées ne sont ni honteuses ni anormales au regard de ce que vous avez traversé, mais elles ne doivent jamais être minimisées ni gardées seul.
Si des pensées suicidaires vous traversent, même de façon fugace, vous pouvez appeler le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et disponible 24h/24, 7j/7. Vous pouvez aussi consulter notre annuaire des associations et numéros utiles.
Les premiers pas vers un accompagnement
Consulter un médecin généraliste reste le point d’entrée le plus simple ; il pourra vous orienter vers un psychiatre si nécessaire. Un psychologue du travail ou un psychologue spécialisé dans le psychotraumatisme peut également constituer un premier contact pertinent, en particulier via le dispositif « Mon soutien psy », accessible sans prescription médicale obligatoire.
Pour aller plus loin
- Soutien psychologique après un harcèlement
- Consulter un psychologue du travail
- Retour à l’emploi après un harcèlement
Sources. Organisation mondiale de la santé, classification CIM-11 (trouble de stress post-traumatique, codes 6B40 et 6B41) · Code de la sécurité sociale, art. L.411-1 (accident du travail) et art. L.461-1 (maladie professionnelle hors tableau) · Cass. civ. 2e, 9 septembre 2021, n° 19-25.418.
