Aller au contenu
Salariée travaillant tard le soir devant son ordinateur, surcharge et pression au travail

Harcèlement au travail

Surcharge de travail : reconnaître les signes et agir

Responsable éditoriale : Muriel Amide, juriste en droit du travail · Dernière mise à jour : 26 août 2026

« C’est juste une période chargée » — combien de fois cette phrase a-t-elle repoussé une remise en question qui aurait dû intervenir bien plus tôt ? La surcharge de travail devient un risque psychosocial lorsqu’elle cesse d’être ponctuelle pour s’installer durablement.

Distinguer le pic ponctuel de la surcharge structurelle

Un pic d’activité, lié à un projet ou une saisonnalité, fait partie de la vie professionnelle et se résorbe naturellement. La surcharge structurelle, elle, se caractérise par un volume de travail qui dépasse durablement ce qu’un poste peut raisonnablement absorber, sans perspective de retour à la normale — souvent héritée d’une réorganisation, d’un sous-effectif chronique, ou d’objectifs qui n’ont jamais été révisés malgré des moyens inchangés.

Les signes d’une surcharge devenue problématique

Un temps de travail qui déborde régulièrement sur les soirées, les week-ends ou les congés, sans que cela soit compensé. Une impossibilité récurrente à respecter les délais malgré une organisation personnelle rigoureuse. Un sentiment de ne jamais « être à jour », quel que soit l’effort fourni. Une charge mentale qui persiste en dehors du travail — penser aux dossiers en continu, ne plus réussir à décrocher. Des tâches accumulées suite au départ non remplacé d’un collègue, absorbées sans réévaluation formelle des objectifs.

Ce que la loi encadre, et ce qu’elle n’encadre pas directement

Le Code du travail encadre la durée du travail (durées maximales, repos obligatoires), mais ne fixe pas de seuil chiffré de « charge de travail acceptable » — c’est l’obligation générale de sécurité de l’employeur qui s’applique : il doit organiser le travail de façon à ne pas mettre en danger la santé physique et mentale des salariés, ce qui inclut une charge de travail soutenable.

Comment objectiver une surcharge

Tenir un relevé de son temps de travail réel sur plusieurs semaines, comparer sa charge à celle prévue par sa fiche de poste ou son contrat, et documenter les échanges où une charge supplémentaire a été confiée sans discussion sur les moyens ou les délais, constituent une base solide pour engager un dialogue — ou, si nécessaire, une démarche plus formelle.

Les leviers à votre disposition

Solliciter un entretien avec votre hiérarchie pour objectiver la charge et discuter des priorités. Alerter le CSE, qui peut interroger l’employeur sur l’adéquation entre les effectifs et la charge de travail. Solliciter la médecine du travail si des répercussions sur votre santé apparaissent. Une action collective, portée par plusieurs salariés d’un même service, pèse souvent davantage qu’une démarche isolée.

Quatre angles pour objectiver une charge devenue déraisonnable

La difficulté avec la surcharge de travail est qu’elle ne se mesure pas avec un seul chiffre. Deux salariés peuvent travailler le même nombre d’heures sans supporter la même charge réelle. Pour sortir d’un débat trop subjectif — « je suis débordé » contre « tout le monde est très occupé » — il est utile d’examiner quatre dimensions complémentaires.

  • Le temps réellement nécessaire. Les dépassements réguliers, le travail le soir ou le week-end, l’impossibilité de prendre les repos ou la multiplication d’heures non prévues constituent des indicateurs concrets. Pour les salariés au forfait en jours, l’employeur doit notamment s’assurer régulièrement que la charge reste raisonnable et permet une bonne répartition du travail dans le temps.
  • L’étendue réelle des fonctions. Un poste peut devenir intenable sans changement officiel du contrat : départs non remplacés, cumul de missions, portefeuille élargi, responsabilité supplémentaire ou tâches auparavant réparties entre plusieurs personnes.
  • Les objectifs et les moyens. Un objectif exigeant n’est pas en soi illicite. Le problème apparaît lorsque les objectifs deviennent durablement irréalisables au regard des effectifs, des délais, des outils disponibles ou des contraintes connues, sans arbitrage ni priorisation.
  • L’adaptation au poste. Une nouvelle mission, un logiciel, une réorganisation ou une prise de fonction sans formation suffisante peuvent transformer une charge théoriquement normale en difficulté permanente. L’employeur doit assurer l’adaptation du salarié à son poste et veiller au maintien de sa capacité à occuper un emploi.

Ces éléments prennent davantage de force lorsqu’ils sont datés et rapprochés les uns des autres : planning, tableau de charge, mails d’alerte, demandes de priorisation, objectifs, compte rendu d’entretien, relevé des heures et réponses de la hiérarchie. Ils permettent d’objectiver la situation avant même qu’elle ne débouche sur un arrêt de travail ou un contentieux.

Repères : Code du travail, art. L.3121-60 pour le suivi de la charge au forfait jours, L.6321-1 pour l’adaptation au poste et L.4121-1 pour la protection de la santé physique et mentale.

Une surcharge durable devient particulièrement préoccupante lorsqu’elle se combine avec un faible contrôle sur le travail, un manque de reconnaissance, des conflits de valeurs ou des tensions relationnelles. Une ressource consacrée aux facteurs professionnels susceptibles de favoriser un burn-out permet de replacer l’excès de charge dans cet ensemble plus large de facteurs de risque.

Pour aller plus loin

Sources. Code du travail, art. L.4121-1 (obligation de sécurité) · art. L.3121-18 et suivants (durées maximales de travail) · INRS, dossier « Charge de travail ».