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Salarié assis au sol face à un enchevêtrement de pensées, symbole de perte de repères au travail

Harcèlement au travail

Signes de harcèlement moral au travail : comment les reconnaître

Responsable éditoriale : Muriel Amide, juriste en droit du travail · Dernière mise à jour : 31 août 2026

Il n’est pas toujours simple de savoir si ce que l’on vit relève du harcèlement moral. La situation peut elle-même brouiller les repères et faire douter de sa propre perception.

Cette page rassemble les signes concrets et les définitions de référence pour aider à distinguer harcèlement, conflit, pression professionnelle et difficultés de management.

Les cinq familles de comportements identifiées par la recherche

Heinz Leymann, le psychologue suédois qui a le premier théorisé ce phénomène sous le nom de mobbing, a catalogué 45 agissements typiques, répartis en cinq grandes catégories :

  • Empêcher la victime de s’exprimer : coupures systématiques en réunion, refus d’écouter, communication uniquement par consignes descendantes.
  • L’isoler : ne plus l’inviter, la déplacer à l’écart, cesser de lui transmettre les informations utiles à son travail.
  • La déconsidérer auprès de ses collègues : rumeurs, moqueries, remise en cause de son jugement en public.
  • Discréditer son travail : critiques disproportionnées, objectifs volontairement inatteignables, retrait de dossiers sans explication.
  • Compromettre sa santé : tâches dangereuses ou incompatibles avec son état, pression jusqu’à l’épuisement.

Si plusieurs de ces mécanismes se répètent dans votre quotidien, ils constituent des signaux à examiner avec attention. Aucun signe isolé ne suffit à lui seul : il faut regarder l’ensemble des faits, leur répétition, leur contexte et leurs effets.

Parmi ces comportements, les moqueries, les remarques dévalorisantes et les attaques en public peuvent prendre la forme d’humiliations au travail, notamment lorsqu’elles se répètent devant les collègues.

Trois définitions qui se complètent

La psychiatre Marie-France Hirigoyen, dont les travaux ont fait entrer le sujet dans le débat public français en 1998, insiste sur l’aspect insidieux du procédé : des mots, des regards, des sous-entendus suffisent à détruire quelqu’un, sans qu’un seul acte, pris isolément, ne semble grave.

L’Organisation mondiale de la santé définit le harcèlement moral comme un comportement anormal et répété, dirigé contre un employé ou un groupe d’employés, qui génère un risque pour la santé et la sécurité — incluant l’abus de pouvoir et le détournement de l’organisation du travail elle-même comme instrument de mise en difficulté.

La psychologue clinicienne Ariane Bilheran va plus loin encore et parle d’une destruction progressive d’un individu par des pressions réitérées, destinées à obtenir de force quelque chose contre son gré, et qui entretiennent chez la personne visée un état de terreur diffus.

À noter : au Québec, la loi retient une définition plus large encore, celle de « harcèlement psychologique », qui admet qu’un acte unique suffise à caractériser la situation, dès lors qu’il produit un effet nocif qui se prolonge dans le temps. Le droit français, lui, exige la répétition des agissements — c’est une différence à garder en tête si vous consultez des ressources étrangères.

Comment savoir si ce que je vis est du harcèlement moral ?

Distinguer harcèlement moral, conflit, pression ponctuelle et management exigeant ne revient pas à minimiser ce que vous vivez. L’objectif est d’identifier précisément les faits et de vérifier s’ils correspondent aux critères juridiques du harcèlement moral.

Un désaccord managérial, des objectifs ambitieux mais atteignables, une charge de travail ponctuellement élevée ou un management directif ne suffisent pas, à eux seuls, à caractériser un harcèlement moral. Il faut examiner les faits dans leur ensemble, leur répétition et leurs effets.

En revanche, l’intention de nuire n’est pas une condition en droit du travail : le harcèlement moral peut être constitué indépendamment de l’intention de son auteur, comme l’a rappelé la Cour de cassation le 10 novembre 2009.

La qualification repose sur des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits ou à la dignité, d’altérer la santé physique ou mentale ou de compromettre l’avenir professionnel.

Lorsque la frontière avec un conflit, un management exigeant ou une période de tension reste incertaine, il devient essentiel de savoir comment prouver un harcèlement moral en rassemblant des éléments factuels datés et concordants qui permettent d’apprécier la répétition des agissements et leurs effets.

Un débat qu’il est utile de connaître

Certains sociologues, dont Jean-Pierre Le Goff et Vincent de Gaulejac, ont critiqué un usage trop individualisant du concept de harcèlement moral. Selon eux, rechercher uniquement un « tyran » peut faire oublier le rôle de l’organisation du travail, de son intensification ou de certaines méthodes de management.

La jurisprudence prend aussi en compte certaines méthodes de gestion. Dans un arrêt du 10 novembre 2009, pourvoi n° 07-45.321, la Cour de cassation a jugé qu’elles peuvent caractériser un harcèlement moral lorsqu’elles se manifestent, pour un salarié déterminé, par des agissements répétés répondant aux critères légaux.

Pour aller plus loin

Sources. H. Leymann, catalogue des 45 agissements (années 1980) · M.-F. Hirigoyen (1998) · définition de l’Organisation mondiale de la santé · A. Bilheran, travaux de psychologie clinique · Code du travail, art. L1152-1 · Cass. soc., 10 novembre 2009, n° 08-41.497 (intention de l’auteur) · Cass. soc., 10 novembre 2009, n° 07-45.321 (méthodes de gestion).