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Conseil de prud'hommes en audience face à des salariés lors d'un litige de travail

Harcèlement au travail

Saisir le conseil de prud’hommes pour harcèlement moral

Responsable éditoriale : Muriel Amide, juriste en droit du travail · Dernière mise à jour : 31 août 2026

Passer la porte d’un tribunal n’est jamais anodin, surtout après des mois à douter de sa propre légitimité à se plaindre. Voici, sans détour, ce à quoi ressemble concrètement cette démarche.

Cette page décrit la saisine du conseil de prud’hommes pour faire trancher un litige de travail lié au harcèlement moral. Elle ne décrit pas le dépôt d’une plainte pénale, qui relève d’une procédure distincte. Pour les questions concrètes de coût, d’avocat, de durée ou de risques, les questions pratiques sur les prud’hommes et le harcèlement sont traitées séparément.

Quel conseil est compétent

En principe, celui du lieu où vous travaillez habituellement. Si votre activité s’exerce en dehors de tout établissement fixe, ou à domicile, d’autres règles de compétence territoriale s’appliquent — un avocat ou une permanence juridique gratuite pourra le confirmer rapidement pour votre situation.

Le mécanisme de preuve qui joue en votre faveur

Rappel essentiel : vous n’avez pas à prouver seul l’intégralité du harcèlement. L’article L.1154-1 du Code du travail vous demande de présenter des éléments de fait laissant présumer son existence — c’est ensuite à l’employeur de démontrer que ces agissements sont justifiés par des raisons étrangères à tout harcèlement.

Le déroulé de la procédure

La saisine se fait par une requête déposée auprès du greffe du conseil de prud’hommes, accompagnée d’un bordereau listant vos pièces. L’affaire passe d’abord devant le bureau de conciliation et d’orientation (BCO), une étape obligatoire dont l’objectif est de tenter un accord amiable entre vous et votre employeur. Si aucun accord n’est trouvé — ce qui reste fréquent dans les dossiers de harcèlement, la relation étant souvent déjà très dégradée — l’affaire est renvoyée devant le bureau de jugement, qui statuera sur le fond après avoir entendu les deux parties.

Dans les situations urgentes — un danger manifeste pour votre santé, une mesure abusive à faire cesser sans attendre l’issue d’une procédure longue — une procédure de référé permet d’obtenir une décision rapide, généralement pour des mesures provisoires plutôt qu’un jugement définitif sur le fond.

Se faire représenter par un avocat n’est pas obligatoire en première instance devant les prud’hommes, mais c’est très généralement recommandé dans un dossier de harcèlement : la technicité du mécanisme probatoire et l’enjeu humain du dossier rendent un accompagnement précieux, y compris pour tenir le rythme d’une procédure qui peut s’étaler sur plusieurs mois, parfois plus d’un an.

Le délai pour agir

C’est un point technique mais déterminant : contrairement à la plupart des litiges liés à l’exécution du contrat de travail, qui se prescrivent par deux ans, une action fondée sur un harcèlement moral relève, selon la jurisprudence, du délai de droit commun de cinq ans, le harcèlement portant atteinte à un droit fondamental de la personne plutôt qu’à une simple clause du contrat. Le délai de prescription et son point de départ dépendent des circonstances (date des derniers faits, date de rupture du contrat…). En cas de doute, ne tardez pas : un avocat pourra sécuriser cette question dès le premier échange.

Ce que vous pouvez obtenir

Au-delà de la reconnaissance elle-même — qui a, pour beaucoup de victimes, une valeur qui dépasse le montant obtenu — une décision favorable peut donner lieu à des dommages et intérêts, à la nullité d’un licenciement lié au harcèlement, et à la prise en charge de vos frais de procédure. L’indemnisation du préjudice moral dépend ensuite des préjudices établis et des circonstances propres au dossier.

Pour aller plus loin

Sources. Code du travail, art. L.1154-1 · procédure devant le bureau de conciliation et d’orientation du conseil de prud’hommes · jurisprudence sur la prescription quinquennale des actions fondées sur un harcèlement moral.