Responsable éditoriale : Muriel Amide, juriste en droit du travail · Dernière mise à jour : 26 août 2026
Reprendre le travail après un arrêt lié à un harcèlement soulève une question très concrète : retourner où, et dans quelles conditions ? Plusieurs dispositifs existent pour que ce retour ne se fasse pas brutalement, ni sans accompagnement.
La visite de pré-reprise : anticiper avant de revenir
Pour un arrêt de plus de trente jours, une visite de pré-reprise peut être organisée auprès du médecin du travail (article R.4624-29 du Code du travail). Elle n’est pas automatique : c’est vous, votre médecin traitant, ou le médecin-conseil de l’Assurance maladie qui pouvez la demander — pas l’employeur. Cette visite permet au médecin du travail de formuler, en amont, des recommandations sur un aménagement de poste, une formation, ou une orientation vers un reclassement si un retour au poste initial n’est pas envisageable.
La visite de reprise : quand est-elle requise ?
Une visite de reprise est prévue après un congé de maternité, après une absence pour maladie professionnelle quelle qu’en soit la durée, après au moins 30 jours d’absence pour accident du travail et après au moins 60 jours pour maladie ou accident non professionnel (article R.4624-31 du Code du travail). L’employeur saisit le service de prévention et de santé au travail, qui organise l’examen le jour de la reprise effective ou au plus tard dans les huit jours qui suivent. Pour les arrêts de travail auxquels s’appliquent les règles issues du décret n° 2026-503 du 12 juin 2026, la visite de reprise peut toutefois ne pas être requise lorsqu’une visite de pré-reprise a eu lieu dans les 30 jours précédant le retour et que le médecin du travail n’a préconisé aucun aménagement du poste ou du temps de travail, sauf demande du médecin du travail, de l’employeur ou du salarié. L’examen de reprise vérifie la compatibilité du poste avec l’état de santé, peut conduire à des préconisations d’aménagement ou de reclassement et, le cas échéant, à un avis d’inaptitude.
Le temps partiel thérapeutique : une reprise progressive
Prévu par l’article L.323-3 du Code de la sécurité sociale, le temps partiel thérapeutique permet une reprise à temps partiel tout en continuant à percevoir des indemnités journalières, dès lors que cette reprise est jugée favorable à l’amélioration de votre état de santé. Depuis une réforme de 2019, un arrêt à temps complet préalable n’est plus une condition obligatoire pour en bénéficier. Sa durée n’est pas fixée dans la loi elle-même : elle est validée et ajustée au cas par cas par le médecin-conseil de votre caisse d’assurance maladie, sur prescription de votre médecin traitant.
Si un retour au poste initial n’est pas possible
Lorsque le médecin du travail vous déclare inapte, l’employeur est tenu à une obligation de reclassement : proposer un autre poste, adapté à vos capacités et aussi comparable que possible à votre poste précédent, en tenant compte de son avis (articles L.1226-2 pour une origine non professionnelle, L.1226-10 pour une origine professionnelle du Code du travail). Cette obligation n’est cependant pas absolue : elle peut être écartée si le médecin du travail indique explicitement que votre état de santé fait obstacle à tout reclassement, ou que le maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable. Il est important de ne pas présenter ce reclassement comme automatiquement garanti — mais il reste, dans la majorité des cas, une obligation réelle à faire valoir.
Ne pas hésiter à solliciter un accompagnement
Ces démarches administratives s’ajoutent souvent à une période déjà difficile. Le médecin du travail, un délégué du personnel ou du CSE, ou un avocat en droit du travail peuvent vous aider à identifier quelles étapes s’appliquent concrètement à votre situation.
Le retour à l’emploi ne consiste pas toujours à reprendre exactement le même poste dans les mêmes conditions. Lorsque l’expérience vécue conduit à repenser son activité, ses limites ou ses priorités, un accompagnement en psychologie du travail orienté vers la transition professionnelle peut aider à clarifier les besoins, les contraintes et les perspectives de changement.
Pour aller plus loin
- Soutien psychologique après un harcèlement
- Syndrome de stress post-traumatique (SSPT) lié au harcèlement
- Groupes de parole et associations
Sources. Code du travail, art. R.4624-29 (visite de pré-reprise), art. R.4624-31 (visite de reprise), art. L.1226-2 et L.1226-10 (reclassement après inaptitude) · Code de la sécurité sociale, art. L.323-3 (temps partiel thérapeutique).
