Responsable éditoriale : Muriel Amide, juriste en droit du travail · Dernière mise à jour : 26 août 2026
On associe presque toujours l’épuisement professionnel à une surcharge de travail. Deux autres situations, moins connues, produisent pourtant une souffrance comparable, pour des raisons inverses ou différentes.
Le bore-out : l’épuisement par le vide
Le bore-out désigne un état d’épuisement lié non pas à un excès de travail, mais à son insuffisance chronique : un poste sous-occupé, des tâches répétitives sans enjeu réel, un sentiment d’inutilité qui s’installe jour après jour. Contrairement à une idée reçue, avoir « trop peu » à faire n’est pas reposant sur la durée — cela génère un ennui pesant, une perte d’estime de soi professionnelle, et des symptômes proches de ceux du burn-out : troubles du sommeil, anxiété, dévalorisation.
Le brown-out : l’épuisement par perte de sens
Le brown-out décrit une situation où la charge de travail n’est pas nécessairement en cause, mais où la personne ne perçoit plus le sens de ce qu’elle fait — des tâches perçues comme absurdes, des injonctions contradictoires, un décalage croissant entre les valeurs personnelles et la réalité du poste. Ce syndrome touche particulièrement les métiers où un fort investissement initial se heurte, avec le temps, à une bureaucratisation ou une dérive des missions perçue comme dénuée de sens.
Des concepts populaires, sans statut médical ou légal officiel
Contrairement au burn-out, intégré par l’OMS dans la classification CIM-11, ni le bore-out ni le brown-out ne disposent d’une définition médicale ou légale officiellement reconnue en France. Ce sont des termes popularisés par la presse et le monde du travail, qui décrivent des réalités identifiées par les cliniciens, mais sans cadre de reconnaissance spécifique.
Ce que cela change pour vos droits
L’absence de reconnaissance officielle ne signifie pas l’absence de droits : les symptômes engendrés par un bore-out ou un brown-out (anxiété, dépression, troubles du sommeil) relèvent des mêmes voies de reconnaissance que pour le burn-out — consultation médicale, éventuelle reconnaissance en maladie professionnelle via la voie complémentaire de l’article L.461-1 du Code de la sécurité sociale, et mobilisation de l’obligation de sécurité de l’employeur, qui s’applique indépendamment du nom donné à votre souffrance.
Reconnaître ces situations chez vous
Un désengagement progressif, un sentiment de ne plus être utile ou de ne plus comprendre le sens de vos missions, une perte de motivation qui contraste avec votre investissement antérieur, sont des signaux à ne pas minimiser sous prétexte que « vous n’êtes pas débordé ».
Quand le manque de travail devient un problème d’organisation
Le bore-out ne signifie pas automatiquement qu’un salarié est harcelé. Une activité insuffisante peut résulter d’une mauvaise répartition des tâches, d’une période creuse, d’une réorganisation mal préparée ou d’un poste devenu progressivement sans contenu. Mais lorsque la sous-charge est durable, qu’elle s’accompagne d’un retrait de responsabilités, d’une exclusion des réunions, d’un isolement ou de demandes de travail laissées sans réponse, la situation mérite d’être examinée autrement.
Le point décisif n’est pas le mot « bore-out », qui n’a pas de définition juridique autonome, mais les faits concrets. Un salarié privé de missions réelles peut éprouver une perte d’utilité, une dévalorisation professionnelle et une anxiété profonde. Si cette privation de travail est répétée et s’inscrit dans une dégradation des conditions de travail, elle peut aussi devenir l’un des éléments d’un dossier de mise au placard ou de harcèlement moral.
La bonne méthode consiste à documenter précisément ce qui disparaît : dossiers retirés, réunions auxquelles vous n’êtes plus convié, accès supprimés, tâches confiées à d’autres, demandes de travail restées sans réponse, évolution de la fiche de poste et différence entre votre activité réelle et vos fonctions contractuelles. Dans ce type de situation, l’absence elle-même devient un fait à dater.
Il faut donc résister à deux raccourcis opposés : considérer qu’« être payé à ne rien faire » ne peut pas faire souffrir, ou affirmer que toute sous-activité constitue nécessairement un harcèlement. C’est la durée, la cohérence des décisions et leurs effets qui permettent de qualifier la situation.
Le sous-investissement forcé, la perte de sens ou l’impression de ne plus avoir de rôle utile peuvent être aussi déstabilisants qu’une surcharge durable. Dans ce type de situation, un accompagnement par un psychologue du travail en cas de burn-out ou de bore-out peut aider à distinguer les facteurs liés au poste, à l’organisation et au parcours professionnel.
Pour aller plus loin
- Burn-out au travail : symptômes, reconnaissance et indemnisation
- Burn-out et accident du travail
- Le burn-out des managers
Sources. Concepts de bore-out (Peter Werder et Philippe Rothlin) et de brown-out, sans définition légale ou médicale officielle en France · Code de la sécurité sociale, art. L.461-1.
