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Salariée isolée pendant que des collègues chuchotent, illustration d'une situation de harcèlement au travail

Harcèlement au travail

Que faire en cas de harcèlement moral au travail

Responsable éditoriale : Muriel Amide, juriste en droit du travail · Dernière mise à jour : 26 août 2026

Il n’y a pas de geste héroïque à accomplir. Il y a une série de gestes ordinaires, posés dans le bon ordre, qui construisent à la fois votre protection et votre dossier. Voici, concrètement, ce que vous pouvez faire — et ce que la loi vous doit.

Ce que l’employeur est obligé de faire (et souvent ignore)

Depuis un arrêt de la Cour de cassation du 21 juin 2006, la prévention du harcèlement moral fait partie de l’obligation de sécurité qui pèse sur tout employeur en matière de santé au travail — au même titre que la protection contre l’amiante ou le tabagisme passif. Concrètement, cela signifie que votre employeur est responsable dès lors qu’il avait — ou aurait dû avoir — connaissance des agissements et qu’il n’a rien fait pour les faire cesser, même s’il n’en est pas l’auteur direct.

Un second tournant est venu d’un arrêt du 10 novembre 2009 : la Cour de cassation y reconnaît que des méthodes de gestion, appréciées globalement, peuvent à elles seules caractériser un harcèlement moral — sans qu’un salarié ait besoin d’être isolément « ciblé » par une personne précise. C’est ce fondement qui a permis, plus tard, de qualifier juridiquement de véritables organisations du travail comme harcelantes, indépendamment de la bonne ou mauvaise volonté d’un manager isolé.

En clair : votre employeur ne peut pas se réfugier derrière l’ignorance, ni derrière l’argument que « c’est juste sa façon de manager ». Dans cette logique de prévention, le rôle de la médecine du travail est essentiel pour évaluer les effets de la situation sur la santé et proposer des mesures adaptées au poste.

Les décisions de justice précisent la portée de ces obligations ; consulter la jurisprudence récente sur le harcèlement moral au travail permet de replacer ces principes dans des situations concrètes.

Pour les agents publics, les démarches et les interlocuteurs diffèrent : le harcèlement moral dans la fonction publique relève d’un cadre juridique et contentieux spécifique.

Les recours à votre disposition, du plus immédiat au plus formel

Parler à quelqu’un en interne, si c’est possible et sûr pour vous : un référent harcèlement, un représentant du personnel, un membre du CSE. Le simple fait qu’un tiers reconnaisse ce que vous décrivez a un effet réel — cela vous sort de l’isolement dans lequel le harcèlement cherche justement à vous enfermer.

Alerter par écrit votre hiérarchie ou les ressources humaines. Ce courrier, même s’il ne produit pas d’effet immédiat, a une valeur juridique : il fixe la date à laquelle l’entreprise a été informée, ce qui compte pour établir sa responsabilité ultérieurement.

Solliciter la médecine du travail, qui peut vous recevoir à votre demande, sans en informer votre employeur, et constater l’impact de la situation sur votre santé.

Envisager la médiation, avec prudence : elle peut aider quand les rapports de force sont relativement équilibrés, mais elle est déconseillée si l’asymétrie de pouvoir est trop grande ou si votre état psychologique est déjà fragilisé — dans ce cas, elle risque de vous exposer une seconde fois plutôt que de vous protéger.

Saisir l’inspection du travail, qui peut enquêter et mettre l’employeur en demeure d’agir.

Saisir le conseil de prud’hommes, en vous appuyant sur le mécanisme allégé de la preuve prévu à l’article L.1154-1 : à vous les éléments qui laissent présumer, à l’employeur de démontrer le contraire.

Notre rubrique Démarches juridiques et recours détaille chacune de ces étapes.

Ce que vous pouvez obtenir

Quand le harcèlement est reconnu, la loi prévoit des conséquences concrètes : un licenciement prononcé après un arrêt maladie provoqué par le harcèlement peut être déclaré nul (la jurisprudence l’a confirmé dès 2006) ; une indemnisation est due, qui ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois, à laquelle s’ajoute l’indemnité de préavis même non exécuté ; et si vous signalez de bonne foi des faits de harcèlement, vous êtes protégé contre un licenciement fondé sur ce signalement — c’est la protection du lanceur d’alerte.

Il faut être honnête : ces réparations financières ne remboursent jamais vraiment les nuits blanches ni la confiance perdue. Mais elles existent, elles sont dues, et les demander n’a rien d’indécent.

La résistance, au jour le jour

On termine par ce qui compte le plus, et qui n’a rien de spectaculaire. Garder la tête droite dans une réunion où l’on cherche à vous rabaisser. Tenir un journal. Mettre un mail en copie à la bonne personne. Prendre un rendez-vous chez le médecin qu’on repousse depuis trois semaines. Parler à un collègue, même brièvement. Aucun de ces gestes ne ressemble à un acte de résistance. Mis bout à bout, ce sont pourtant exactement ça : des actes de résistance, répétés, qui construisent à la fois votre dossier et votre capacité à tenir.

Organiser les démarches dans un ordre utile

Face au harcèlement, le premier réflexe est souvent de chercher « la » bonne personne à contacter. En réalité, plusieurs interlocuteurs existent et leur utilité dépend de votre situation. Lorsque cela est possible et sans vous exposer inutilement, une alerte écrite à l’employeur ou à un niveau hiérarchique qui n’est pas impliqué permet de dater le moment où l’entreprise a été informée. Un membre du CSE peut également exercer son droit d’alerte lorsqu’il constate une atteinte aux droits, à la santé physique ou mentale ou aux libertés individuelles.

Le service de prévention et de santé au travail joue un rôle différent : il n’est pas là pour trancher juridiquement le harcèlement, mais pour protéger la santé et examiner les conséquences du travail sur celle-ci. L’inspection du travail peut être saisie sur les infractions relevant de sa compétence. Une médiation est aussi prévue par le Code du travail en matière de harcèlement moral, mais elle n’est pas adaptée à toutes les situations, notamment lorsque le déséquilibre de pouvoir est très marqué ou que l’état de santé rend un face-à-face difficile.

Si aucune solution ne permet de faire cesser les faits ou si la relation de travail est déjà gravement atteinte, une action devant le conseil de prud’hommes peut être envisagée. Une plainte pénale est également possible lorsque les faits relèvent de l’infraction de harcèlement moral. Ces voies ne poursuivent pas exactement le même but et peuvent demander des stratégies de preuve différentes.

Avant une décision irréversible — démission, prise d’acte, rupture négociée — vérifiez les conséquences juridiques. Dans un dossier encore peu documenté, partir immédiatement peut parfois rendre la suite plus difficile. La priorité reste de protéger votre santé tout en conservant les éléments nécessaires pour faire examiner les faits.

Repères : Code du travail, art. L.2312-59 pour le droit d’alerte du CSE et L.1152-6 pour la médiation.

Il est rarement utile de commencer par la procédure la plus lourde. Rassembler les preuves, informer l’employeur ou le CSE, mesurer les possibilités de négociation puis décider s’il faut saisir le conseil de prud’hommes ou le juge pénal constitue souvent une progression plus cohérente. À ce titre, un parcours d’action juridique face au harcèlement au travail offre un complément concret aux étapes présentées ici.

Pour aller plus loin

Les démarches juridiques peuvent être complétées par l’annuaire des associations et numéros utiles lorsque vous avez besoin d’un interlocuteur extérieur.

Sources. Cass. soc., 21 juin 2006 (obligation de sécurité de résultat) · Cass. soc., 10 novembre 2009, n° 08-41.497 (méthodes de gestion) · Cass. soc., 11 octobre 2006 (nullité du licenciement) · Code du travail, art. L.1152-1 et L.1154-1.